La militante marocaine Ibtissame Lachgar a été condamnée à 30 mois de prison pour avoir publié une photo d’elle portant un T-shirt ‘Allah is lesbian’. Condamnée à deux ans et demi de prison ferme et à une amende de 50.000 dirhams, la militante féministe et psychologue clinicienne Ibtissame « Betty » Lachgar a été jugée coupable d’« atteinte à l’islam » par un tribunal de Rabat. Ce verdict, qui fait suite à la publication d’une photo d’elle vêtue d’un t-shirt portant le slogan « Allah is lesbian », suscite un vif débat au Maroc et à l’international sur la liberté d’expression et les droits individuels.

Une condamnation lourde pour un slogan contesté
Le 3 septembre 2025, le tribunal de première instance de Rabat a prononcé une peine de 30 mois de prison ferme contre Ibtissame Lachgar, militante connue pour ses prises de position en faveur des libertés individuelles et des droits LGBTQ+. Elle devra également s’acquitter d’une amende de 50.000 dirhams (environ 4.700 euros).
Le parquet s’est appuyé sur l’article 267-5 du Code pénal marocain, qui sanctionne toute atteinte à la religion islamique, avec des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison si l’infraction est commise publiquement ou via Internet.
Le contexte : une photo publiée en ligne
La condamnation repose sur la publication, fin juillet, d’une photo d’Ibtissame Lachgar portant un t-shirt avec l’inscription « Allah is lesbian ». L’image était accompagnée d’un texte critiquant l’islam, décrit comme « fasciste, phallocrate et misogyne ».
Cette publication a immédiatement déclenché des réactions virulentes sur les réseaux sociaux : certains ont appelé à son arrestation, d’autres ont proféré des menaces allant jusqu’à l’appel au viol ou à la lapidation.
Un état de santé très préoccupant
La sœur de la militante, Siham Lachgar, dénonce un jugement « inhumain » et alerte sur la fragilité médicale de sa sœur. Ibtissame Lachgar est en rémission d’un cancer, souffre d’une affection de longue durée et vit avec une prothèse au bras gauche, installée il y a trente ans, qui menace de s’infecter.
Suivie habituellement en France, à l’institut Gustave Roussy de Villejuif, elle pourrait perdre son bras sans intervention rapide. Sa demande de libération conditionnelle pour raisons médicales a pourtant été rejetée.
« Un slogan féministe, pas une attaque contre l’islam »
Devant le tribunal, Ibtissame Lachgar a rappelé que ce t-shirt reprenait un slogan féministe déjà utilisé en Europe, notamment lors de manifestations contre les violences faites aux femmes et les discriminations envers les personnes homosexuelles en Iran.
« L’idée n’était pas d’attaquer une religion, mais d’affirmer que les croyances ne devraient exclure personne », a expliqué sa défense, dénonçant une interprétation répressive du message.
Réactions au Maroc et à l’international
L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a immédiatement dénoncé une décision « choquante », estimant que ce procès constitue une « atteinte grave à la liberté d’expression ».
À l’étranger, des manifestations de soutien ont eu lieu en Espagne (Madrid, Barcelone, Bilbao), où des collectifs féministes et LGBTQ+ ont appelé à la libération immédiate de la militante. Des ONG internationales de défense des droits humains suivent également l’affaire de près.
Une figure militante dans la tourmente
Âgée de 50 ans, Ibtissame Lachgar est psychologue clinicienne et cofondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), créé en 2009. Elle s’est illustrée par des actions symboliques et contestées, comme un pique-nique organisé pendant le ramadan en 2009 ou un « kiss-in » en 2013 pour dénoncer l’homophobie.
Toujours en première ligne sur les questions de libertés sexuelles, de droit à l’avortement et de lutte contre la pédocriminalité, son militantisme lui a déjà valu plusieurs interpellations, mais jamais de condamnation aussi sévère.
Un procès symbole des tensions autour de la liberté d’expression
Cette affaire cristallise l’opposition entre défenseurs des libertés individuelles et partisans d’une lecture stricte de la loi marocaine sur le respect de la religion. Pour ses soutiens, la condamnation d’Ibtissame Lachgar traduit la difficulté croissante à exprimer des opinions critiques au Maroc, en particulier sur la religion et les droits des minorités.
La défense a annoncé son intention de faire appel, espérant que la Cour d’appel de Rabat reconsidérera le dossier, notamment à la lumière de la situation médicale urgente de la militante.
Conclusion
L’affaire Lachgar dépasse le simple cadre judiciaire : elle illustre les tensions persistantes au Maroc entre tradition religieuse, liberté d’expression et droits des minorités. En condamnant une militante pour un slogan féministe, la justice marocaine place au premier plan la question de savoir jusqu’où s’étend – ou se limite – la liberté d’opinion dans un pays en pleine mutation sociale.





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